Les Anciens disent que la mer se fâche si on l’appelle « lac »… parce que pour ses habitants de toujours, bouriates, mongols, Evenks, chinois même, le Baïkal est avant tout une mer sacrée.

Avec plus de 30 000 km², il collecte une eau pure venue de glaciers et montagnes environnants apportée par 336 rivières et ruisseaux permanents ; il est le lac le plus profond du monde (jusqu’à 1 637 m) ; c’est la plus importante ré- serve d’eau douce au monde avec un volume d’eau équivalent à toute la mer Baltique… Des chiffres hors normes dont nous avons pris conscience face à son immensité et sa pureté qui en font un aimant pour voyageurs en été.

Mais nous avons choisi de tester cette destination en plein hiver sibérien ! Pourquoi ? Parce qu’il y a une esthétique unique que le Baïkal ne livre qu’en hiver : après les tempêtes d’automne, enfin apaisé, le lac gelé scintille sous la brume du froid et semble figé dans l’hiver sibérien : des morceaux de glace, pure et transparente, entassés par milliers sur toute la surface du Baïkal balayée par le vent et marquée par des lignes de craquelures, des fentes, des plis que le hasard a voulus cet hiver-là, forment un ensemble unique et éphémère qui sera remplacé par un autre l’hiver suivant.

C’est un véritable Royaume de Glace ! Que vous préfériez Disney ou Andersen, vous imaginerez inévitablement la Reine des neiges omniprésente. Mais d’abord il faut faire les premiers pas sur la glace, en plein milieu du lac, au-dessus du kilo- mètre et demi de profondeur ! Vertigineux non ? On vous y amène en 4×4 par « zimnik », la route de glace. Tout ici est nommé affectueusement. Le long de cette « route », vous verrez des bateaux figés dans la glace, couverts d’un givre épais et immobilisés jusqu’à la débâcle. Vous arrêterez très vite de compter les nombreuses cabanes de pêcheurs installées directement sur la glace, mais vous vous amuserez à lire les panneaux signalétiques de la route sur des barres enfoncées à même la glace du lac. Enfin, avec une angoisse certaine vous poserez un pied sur la surface glacée du lac, plongerez vos yeux dans les profondeurs du Baïkal (l’eau du Baïkal est tellement pure que la visibilité est parfaite jusqu’à 40 m de profondeur en été) et pour- rez admirer les sculptures, dessins, formes que la glace aura créés cet hiver rien que pour vous. La fascination est telle qu’en fin de journée bien des voyageurs ont mal à la nuque à force d’admirer ces toiles au sol. Votre défi sera de réussir des photos capables de transmettre cette beauté : arabesques sur glace, mais aussi « torossi », ces immenses plaques de glace verticales témoins des tempêtes féroces ayant brisé la surface glacée et propulsé des débris les uns sur les autres, ou encore grottes gelées comme recouvertes de coulées de cire fondue d’immenses bougies ou de lave blanche figée vous offrant des stalactites et des « diamants » éphé – mères…

Chacun, même les plus blasés, s’amuse avec de grands morceaux de glace transparente : certains sont parfaits, d’autres feront la joie des grands enfants et des photographes en défor- mant visages et silhouettes. Enfin à l’heure du repas sur la glace vous dégusterez le poisson emblématique du Baïkal : l’Omoul. Les habitants le consomment sous toutes les formes : vapeur, cuit, grillé, séché, fumé, cru même ! Mais évidemment accompagné d’un verre d’une excellente vodka, parfois servie dans un « verre » sculpté dans un morceau de glace.

Ce pique-nique au milieu d’un Grand Bleu gelé entouré par des montages légèrement roses au coucher du soleil restera pour vous un souvenir inoubliable, surtout si vous avez noué des relations avec un pêcheur qui vous aura laissé attraper votre Omoul à travers la glace. Fan de glisse, nous avons adoré une balade en moto – neige vers l’ancien chemin de fer construit à l’époque de la conquête de la Sibérie et aussi une promenade en aéroglisseur, un moyen de locomotion adapté aux conditions locales grâce à son coussin gonflable glissant sur la surface gelée du Baïkal. Enfin, bien sûr, aucun voyageur ne résiste à l’idée de tester quelques glisses en patins à glace sur cette immense patinoire naturelle. Nous vous recommandons de garder un peu de temps pour découvrir l’île Olkhon, la seule île habitée du lac Baï – kal et ce depuis 13 000 ans, avec une population majoritairement bouriate.

Du coup, Olkhon est une véritable fresque historique avec ses 143 monuments archéologiques et ses nombreuses légendes. L’électricité n’est arrivée sur l’île qu’en 2005 ; avant, les pratiques de vie se pliaient aux coutumes ancestrales. Vous serez émus par les petites izbas en bois et leurs fenêtres brodées à l’ancienne, l’air cristallin, les filets de fumée sortants des cheminées des maisons et des… banias qui vous ouvriront leurs portes. Parce que vous ne devrez pas manquer de vivre cette expérience extraordinaire, élément incontournable de la culture russe, mélange de sauna fin – landais et de bain de vapeur turc ! Le symbole des bains russes est le venik, un faisceau de petites branches de bouleau dont on se sert pour se flageller (inutile de se faire mal pour autant…) dans la salle de vapeur pour mieux se nettoyer et faire pénétrer le vert parfum du bouleau dans la peau. Petite astuce : faites tomber quelques goûtes d’huiles essentielles sur les pierres chaudes dans le bania et laissez le bien-être vous envahir… Un sentiment unique, positif, quasi magique qui nous a marqué !

Ici, au cœur de la Sibérie, toutes les images s’entremêlent : l’ivresse de la nature sauvage, la pureté du lac Baïkal, les religions qui embrassent les légendes, l’austérité du quotidien, le luxe des saveurs qui n’ont guère besoin d’une étiquette Bio, la médecine séculaire des plantes de la taïga, la dureté des hommes qui choisissent de vivre là et leur gentillesse. On est loin ici des images de la Sibérie froide et inhospitalière

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